Le meilleur du mois #5 #6

Bulletin météo               

Les températures positives de l’été ont laissé place à un thermomètre qui descend régulièrement en dessous de -20°C. Quand le vent s’y met avec 20 à 30 kt, on est proche d’un ressenti -40°C. C’est le moment de sortir la VTN bleue et les Sorel grand froid :).

Photos

Déjà presque 6 mois à Dumont D’Urville dont 2 mois d’hiver… assez de temps pour notre petite famille de réaménager son lieu de vie commun : le séjour. Ce dernier était en effet en grand travaux l’hiver dernier et notre mission s’est activée pour le rendre un peu plus « cosy ».

DCIM104GOPROEn photo de gauche à droite :

Dans le hamac avec François l’informaticien – Vue sur le bar – Étienne notre « bout de bois » au centre de son canap’ made in meus’ – Petit groupe autour des tables basses made in meus’ également (comprenez « menuiserie »).

Isolement oblige, beaucoup de choses sont bricolées sur place que ce soit pour la vie sur base (transats, nouveau bar, cadeau d’anniversaire…) ou pour nos activités scientifiques (fixation pour panneaux solaires, caisse de chargement pour batterie…).

Citation 

Si vous étiez une oreille indiscrète aux portes de Biomar, vous surprendrez ce genre de conversation entre ornithos :

  • Le pic des arrivées c’était le 4 avril avec 816 manchots, m’annonce Coline tout en regardant ses données de comptage des empereurs.
  • C’est le jour où il y avait beaucoup de neige et ils glissaient tous sur le ventre… j’en ai marqué qu’un seul… répliquais-je en me remémorant mes journées de marquage. Tout-est-ra-té !
  • Hahaha, te focalises pas là-dessus ! me réconforte ma camarade ornitho.

Effectivement, j’ai tout de même marqué une cinquantaine d’individus. Je suis actuellement leur reproduction en passant plusieurs heures par jour à la manchotière qui compte maintenant plus de 7800 manchots.

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Là, je cherche les manchots marqués… 🙂

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

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Retour des empereurs

J’avais posé la question, avant de partir pour l’Antarctique : « Pas trop dur de voir les campagnards d’été partir » ? On m’avait répondu « C’est là que l’Aventure commence ».
Je n’avais pas vraiment encore saisit le sens de cette réponse. Que peut-il bien se passer de spécial en hivernage ? On repart à zéro. C’est le début des petites initiatives qui aboutissent sur les projets à long terme. Le réaménagement du séjour, le projet radio, les jeudis de la connaissance… le monde se resserre et tourne à 23. DDU n’est plus un ailleurs inconnu et imperceptible, c’est notre quotidien, c’est chez nous.

Et dans tout cela… le retour des empereurs. D’abord quelques-uns, plus des colonnes entières, des centaines, des milliers d’oiseaux marcheurs qui reviennent en masse s’installer à proximité de la base.

Ce mois-ci, je marque des individus transpondés à leur arrivée afin de les suivre durant la saison de reproduction. Je peux connaitre en direct leur numéro de transpondeur en me connectant par wifi à une antenne de détection enterrée sous la glace (high tech l’ornihto !). Environ 1 manchot sur 100 est transpondé.

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Equipement tout terrain

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L’antenne est invisible sous la glace

J’ai vu des milliers de manchots défiler devant moi. J’ai passé des heures immobile à entendre le crissement de leurs pattes dans la neige, le frottement de leur ventre contre la glace, à observer le mouvement hésitant des colonnes. Le manchot de tête s’arrête, toute la colonne s’arrête. Un voisin repart, toute la colonne repart.

  • Tu regardes l’écran, les manchots, l’écran, les manchots. Dès qu’un transpondé est détecté, tu ne le quitte pas des yeux. Surtout ne le perds pas de vue, jamais. C’est très important car ils passent souvent les uns devant les autres et c’est très facile de les perdre. Pendant ce temps, je préparerai la teinture pour le marquage. Ensuite, je te demanderai lequel est le bon et j’irai le marquer.

Louis l’électicien, Jérem le pâteux, Aurélien le cuisiner, Cyril de la centrale, Kevin le glacio, Pef le médecin, Alex, Vincent et Philippe de la météo, Etienne le menuisier, Erwan le Lidar, François et Yohan de Géophy… beaucoup se relaient pour guetter avec moi le manchot transpondé.

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Deux marquages particulièrement réussis avec Cyril et Aurél !

  • Est-ce que l’on peut reconnaitre les mâles des femelles ? me questionne Alex curieux.
  • Visuellement non pas vraiment, répondais-je. Les femelles sont légèrement plus petites, mais il y a aussi des petits mâles et des grandes femelles. Par contre ils ont des chants bien différents.

Les veilles sur les antennes amènent souvent à des discussions autour des manchots, autour de nos projets sur la base, de notre ressenti sur le début de l’hivernage ou de notre vie en France.

  • Tu veux du thé ? me propose Louis entre deux colonnes

La manip demande de rester en statique en général 3-4h d’affilées devant les antennes par des températures inférieures à -10°C (avec parfois jusqu’à 35kt de vent)… alors vous comprenez que quand mes manipeurs me ramènent quelque chose de chaud à boire, je ne refuse pas :).

Et puis, tout d’un coup, le vent devient plus fort. Un transpondé passe mais j’ai du mal à me déplacer et à manier la perche de marquage. Je décide alors d’arrêter la manip et de revenir sur base. Et puis, quand même, un peu plus tard, je redescends sur la manchotière. Le vent a dépassé 40kt, soit 75km/h mais les empereurs marchent d’un pas tranquille, assuré, monotone. Plus que quelques mètres avant la manchotière. Bientôt plus de 8000 manchots seront ainsi réunis pour la reproduction.

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Marche en colonne

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Manchotière avec chasse-neige

Winter is here #4

Après 4 mois en Terre Adélie, pas de « meilleur du mois » classique, mais un article un peu spécial pour marquer la fin de l’été en Antarctique. Depuis début mars, nous sommes en effet 23 sur base, l’hivernage est lancé. La période estivale s’achève, la faune qui a peuplé la base est en train de migrer vers le cercle polaire et au-delà. C’est le moment de revenir en photo sur quelques scènes que nous ne verrons plus pendant 8 mois.

IMG_4391Pétrel des neiges sur banquise / 16 novembre

IMG_4571Jeune phoque de Weddell / 19 novembre

IMG_4589Pétrel des neiges au repos / 19 novembre

IMG_6062Pétrels des neiges en couple / 5 janvier

IMG_6930Poussins Adélie en début de mue / 12 février

IMG_8434Manchot Adélie adulte en mue / 11 mars

Capture océanite

  • Ce soir, pas beaucoup de vent, capture océanite ?

Une étude pilote sur les océanites de Wilson est en cours depuis cette année. L’objectif à long terme est de comprendre l’utilisation de l’espace et les stratégies de nourrissage de ce petit oiseau migrateur marin, notamment en utilisant des microloggers pour acquérir des données sur la localisation des oiseaux. Cet été, nous documentons le taux de recapture d’oiseaux préalablement capturés et bagués. En effet, la pose de micrologger nécessitera une recapture pour récupérer le logger et les données. Pour cela, nous organisons plusieurs sessions de capture en posant des filets de baguage. Dès qu’un oiseau se prend dans le filet, nous le démaillions, nous le contrôlons (bagué ou non), puis nous le libérons.

  • J’essayerai de prendre encore une photo lors du relâché, me prévient Fab alors que j’accoure vers le filet pour libérer une océanite maillée.

  • Il va falloir attendre pour la photo, celle-ci est baguée ! triomphais-je avec sourire.

DSC_1316-DEV_sylvain_PDémaillage d’une océanite.

DSC_6813-DEV_sylvain_PContrôle de bague (avec ongles fluos… vestige d’une certaine soirée « verte »).

DSC_6836-DEV_sylvain_PRelâché.

Merci à Sylvain pour les photos de la manip et merci à Jéjé pour sa confiance :).

L’océanite de Wilson est la plus petite espèce d’oiseau qui se reproduit en Antarctique. Elle passe exclusivement son temps en mer, excepté pour la reproduction où elle se rapproche des îles antarctiques et subantarctiques. A DDU, les Wilsons nichent en colonie dans des cavités entre les blocs de roche. Avant de rentrer au nid, ils se posent souvent à l’entrée et on peut les apercevoir facilement sur les rochers.

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Baguage damiers du Cap

 

  • C’est toujours ok pour me donner un coup de main cette aprèm ? m’interroge Coline au repas du midi
  • Yes !

Ainsi me retrouvais-je pour la seconde fois en session de baguage poussins de damiers du Cap. L’intersaison me laisse un peu plus le temps de prêter main forte au programme de Coline qui suit la reproduction de toutes les espèces d’oiseaux nicheurs de l’archipel.

  • Je vais regretter dès que je vais me faire vomir dessus. A ouais c’était comme ça, j’avais oublié ! plaisantais-je en sortant du labo.

Lorsqu’ils se sentent menacés, les Procélaridés (pétrels, damiers…) ont la particularité de projeter une huile visqueuse qui provient de la digestion du krill, des crustacés et des petits poissons dont ils se nourrissent. Nous prenons de la hauteur pour atteindre la colonie de Mont Rose. Les damiers nichent sur les zones pentues des îles à même la roche. Les couples s’occupent d’un unique poussin, encore couvert de duvet, qui prendra son envol début mars une fois l’ensemble des plumes de vol développées.

J’apprécie attraper ces poussins maladroits et patauds (ça change des coups d’aileron des manchots Adélie !). Je m’applique à replier leurs ailes pour les maintenir contre moi. Ensuite j’attrape la patte gauche, j’enfile la bague et je serre jusqu’à ce qu’elle se referme puis je repose le poussin délicatement sur le nid.

1Les poussins se confondent facilement avec les rochers

2Pose de la bague

  • Tu peux suivre la faille et faire les poussins plus haut ! m’indique ma camarade ornitho.

Poussin 40351. Aujourd’hui c’est le départ des passagers pour le retour à R3. Tous les campagnards d’été de Biomar repartent sur l’Astrolabe. Nous allons nous retrouver toutes seules avec Coline ! Poussin 40352. Décidément, il vomi partout celui-là. Je le prends par où ? Et si je le retourne, il arrête ? Il m’a pas vomi sur les cheveux là ? Affreux ! Poussin 40353. C’est quand même une vraie chance de pouvoir baguer ces poussins. C’est impressionnant comment les adultes restent sur le nid quand on approche. Ils sont si peu farouches. Est-ce que je pourrais continuer à faire quelque chose comme cela quand je serai de retour en France ? Poussin 40354. L’hélico tourne au loin avec une élingue. Ils n’ont pas commencé l’embarquement des passagers R3 ?

3Adulte et poussin au nid

4Vue depuis Mont Rose

De nids en nids, je médite, je divague, des bribes d’idées, de sensations, l’enchainement des gestes que j’ai réussi à caler pour être efficace : poussin, enfilage bague, serrage, vérification numéro, note, nouvelle bague, poussin suivant. De temps en temps, je jette coup d’œil du haut de Mont Rose. Blanc, neigeux, ciel nuageux et par endroit menaçant. Chaque jour est unique. J’aime cette idée. J’aime cette journée qui marque une nouvelle étape pour notre duo d’hivernantes ornithos, lorsque plus tard, après les départs, nous revenons à Biomar en criant dans le couloir. Biomar est vide. Alors, ça y est, Biomar est à nous !

5Première d’une longue série 🙂

Le meilleur du mois #3

Bulletin météo               

Janvier fut un mois particulièrement ensoleillé et exceptionnellement peu venté. Une sorte d’apogée de l’été en Antarctique avec des températures entre -6.0°C et +4.8°C (tous à poil !) ;). Les températures positives et la contrainte des marées ont fragilisé la banquise. Des crevasses se sont formées aux abords des îles. La glace a partiellement fondue ou s’est morcelée en bloc. Nous avons donc assisté à une mini-débâcle locale autour de Pétrel. Il n’est plus possible de marcher sur la banquise à moitié fondue… sauf pour les manchots, beaucoup plus légers (environ 3 à 5kg pour un Adélie). Des centaines de manchots en échec de reproduction ont déserté les îles ces derniers jours. C’est la fin de la saison pour les Adélies.

glace-fond Une colonne de manchot se dirige en bord de banquise à 70km pour retrouver l’eau libre. En arrière-plan, Cap Prud’homme (à 5km de DDU), point de départ du RAID qui ravitaille la base continentale Concordia.]

Photo

passation_ddu-5Janvier a signé la fin de la passation et l’entrée en intersaison avant le retour des empereurs. Tradition oblige, nous avons fait une photo-passation avec Clément (oui, les ornithos travaillent dur).

Citation 

viking« AAAAAAAHHHHHHHHHHHH ! ». ;). Pour l’organisation de soirées à thème… la mission 67 et les campagnards restants ont pris le relai !

Merci aux quelques-uns qui m’ont envoyé des lettres-colis cette campagne d’été. Ça fait vraiment plaisir. Maintenant, il faudra attendre novembre 2017 :).

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

Au revoir et Cap Bienvenue

« Voici l’ordre de rembarquement des rentrants R2, a priori nous commencerons demain matin dimanche 22/01. »

Je lis les prénoms qui suivent dans le mail. Clément et Eddy partiront au premier hélico. Clément, mon prédécesseur que je ne présente plus et Eddy, l’informaticien de la 66 à qui je dois probablement un bon nombre de sourires ces derniers mois. Quinze mois passés en Terre Adélie. Je sais que je ne peux pas encore comprendre ce que signifie l’hiver. Ils sont contents de rentrer, ils ont vécus beaucoup ici et il est temps de laisser place à la 67.

Chacun abandonne ses activités et toute l’agitation se concentre au séjour entre les va-et-vient des hélicos. La journée prend une allure intemporelle.

salutationDernières salutations avant l’envol

au-revoir-glacioAu revoir entre glacios

L’infinité d’un dernier jour ou l’ultime éclair marquant le passage à une nouvelle aire ? Je ne sais donner une dimension à cette journée. Elle est juste hors du temps. Ils m’ont tout appris. Ils étaient là pour me soutenir au moindre problème. Et d’un coup ils disparaissent tous. Le bureau est vide et il ne me reste plus qu’une ribambelle de post-it pour me rappeler la frénésie de notre campagne d’été. Je suis seule. Les captures sur Antavia sont finies. Entre Adélies et empereurs, l’intersaison commence, d’un coup, brutalement, sans prévenir. Il y a sur mon visage des larmes et puis je souris, je ris même. Ces deux mois et demi ont été une période à part entière que j’ai pleinement vécue. Ils ont envie de rentrer. Le vide qu’ils laisseront me donnera le temps de vivre d’autres belles choses.

technique-helicoLes techniques, toujours en alerte pour gérer les allers et venues des hélicos

Après le départ d’Aymeric et de Victor, c’est à mon tour d’embarquer dans l’hélicoptère avec Coline et l’équipe du 1091. Nous nous rendons sur une île en dehors de notre archipel : « Cap Bienvenue ». Une vraie chance qui m’entraine dans un paysage différent, au relief rocailleux, accidenté et isolé de tout élément humain. A DDU, nous ne sommes que sur un bout de rocher parmi tant d’autres le long du continent…

cap-bienvenuVue sur Cap Bienvenue, à 10min d’hélico depuis DDU

  • Hey Coline ! Tu as vu beaucoup de poussins dans le coin où tu étais ? lançais-je au cœur du brouhaha créé par les milliers de manchots encore présents sur l’ile.

Cette année, nous sommes témoins d’un important échec de reproduction chez les Adélies, en partie dû à l’absence de débâcle qui rallonge la durée des voyages en mer et entraine un abandon précoce des œufs et des poussins.

  • Je suis allée sur toute la crête, m’indique Coline en pointant une des exterminées de l’ile. J’en ai compté 13 jusqu’au bout là-bas.

extrémité ile.jpegExtrémité Sud de l’île avec le continent en arrière-plan

Heureusement, il reste quelques poussins bien portants et ma mission est simple : les repérer et les ramener à l’équipe du 1091 qui effectue des prélèvements et des mesures afin de comparer le succès de reproduction avec d’autres îles.

poussin-adeliePrise en main d’un poussin après la manip pour replacement dans la colonie

Entre la soudaineté des séparations quelques heures plus tôt et ce parachutage loin de tous lieux connus, je me laisse porter. Je n’analyse plus. Je suis juste ici, bien vivante, perdue au bord du continent Antarctique. Ne suis-je pas venue ici pour cela ? Vivre l’instant présent.

coeur colonie.jpegAu cœur d’une colonie de manchot Adélie