Le meilleur du mois #2

Bulletin météo               

Décembre fut un mois ensoleillé, assez doux et peu perturbé. Les températures ont varié de -8.2°C à + 4.6°C (canicule !). Notons néanmoins notre premier blizzard survenu mi-décembre, évènement climatique surprenant et chaotique.

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Manchots Adélie dans le blizzard.

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Les manchots en train de couver ne quittent pas leurs nids et sont rapidement recouvert d’une pellicule de glace qui se craquelle sous leurs mouvements.

Photos 

groupe

L’équipe « Biomar » durant la campagne d’été entre R1 et R2. Notre bâtiment accueille plusieurs programmes scientifiques principalement sur les oiseaux marins mais également sur les poissons chryopélagique (qui vivent sous la glace) et le zooplancton.

Une fois la campagne d’été achevée, nous ne serons plus que deux à exercer une activité à Biomar (avec Coline, en bas à gauche, à côté de moi)

Citations 

Suivre la pénologie des manchots, calibrer les pesons des passerelles d’Antavia, répertorier les différentes erreurs informatique, relever les données météo… Il y a tant à faire pour le programme que mes collègues ont jugé judicieux de coller des post-it un peu partout pour synthétiser l’essentiel des choses à ne pas oublier (!), avec comme crédo : « Corps et âme pour le 137 ».

post-it

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

 

Entre R1 et R2

Tout semblait glisser sur la glace. Les veilles à 6h du matin, les captures de manchots, les apéros au comptoir du séjour, les passages le soir à la salle de musique, et puis….

– A R0, il y avait une très bonne ambiance. On avait fait le tour de l’hivernage à 24, ça nous a fait du bien. Maintenant c’est différent, tout le monde est dans sa passation, il y a trop de gens, c’est fini la 66.

– On est plus chez nous !

– Certains sont nostalgiques de partir, d’autres sont tristes parce que les copains partent, d’autres viennent juste d’arriver et se connaissent déjà car ils ont passé du temps ensemble sur le bateau.

Quelques pensées de la mission précédente, nostalgique, résigné, déjà presque « sortis ». Ceux avec qui j’évoluais jusqu’alors dans un environnement social rassurant et chaleureux. Nous voici maintenant dans le tumulte de R1, les techniques de la 66 s’en vont, la mission 67 est presque au complet, d’autres campagnards d’été viennent mener leurs activités. Nous n’avons pas aperçu l’Astrolabe, qui a été stoppé par la banquise à 110 km et a fini par se rapprocher à 40 km pour une journée avant de repartir à Hobart. Le ravitaillement a été effectué par les hélicos entre le bateau et la base, donnant lieu à des chaines humaines formées par l’équipe technique et par les bras disponibles pour décharger le matériel scientifique et les vivres.

enregistrement-vivreDéchargement des vivres

J’ai finalement reçu mes cantines, près de 3 mois après leur envoi depuis la France ! Je me souviens des journées de préparation… pour qu’elles soient finalement déballées en vitesse et rangé en vrac dans la chambre, comme des pochettes surprises géantes dont je compte bien profiter tout l’hiver.

departDernier salut de l’hélicoptère pour le départ des météorologues de la 66

Les fêtes ont été prises dans cette atmosphère changeante, mouvementée, en dent de scie. Malgré tout, j’ai l’impression qu’elles ont redonné le sourire à bon nombre d’entre nous. Les guirlandes et le sapin dans le séjour, le grand buffet réparti sur les tables, la musique qui nous entraîne sur la piste de dance ? Une dynamique positive et insouciante, où j’ai eu un peu plus l’occasion d’échanger avec les nouveaux arrivants de ma propre mission.

cadeauLa fabrication de cadeau « maison » et leur distribution par le Père-Noël est une tradition à DDU

chic-chocPhoto : Réveillon du nouvel an sur le thème « chic & choc ! »

chaussures

Changement de chaussures à l’entrée du séjour !

Je vois déjà R2, prévu pour dans 2 semaines, emmener mon prédécesseur vers la métropole, 15 mois passés dans le grand blanc, deux étés au contact des Adélies et un hiver auprès des empereurs sur lesquels il aura veillé jusqu’au départ des poussins en mer.

poussinsRegroupement de poussins d’empereur en début de mue. Malheureusement cette année la longueur de la banquise a contraint les adultes à effectuer de longs trajets pour le nourrissage et beaucoup de poussins n’auront pas une condition physique suffisante pour atteindre la mer.

Les manchots d’ « Antavia »

Nos activités estivales sont principalement centrées sur le manchot Adélie (Pygoscelis adeliae) qui se reproduit l’été sur les côtes de l’Antarctique. Dans l’archipel de la Pointe Géologie, 47000 couples sont répartis sur plusieurs colonies qui regroupent des centaines de reproducteurs, accolés les uns aux autres entre les rochers. Les premiers individus arrivent fin octobre pour installer leur nid entre quelques cailloux. La formation des couples s’accompagne de parades sonores où les partenaires se dandinent face à face en poussant des grognements rauques. Pendant cette période, aucun ne s’alimente mais on peut néanmoins les observer se désaltérer en absorbant de la neige sur le pourtour des colonies.

manchot-neigeManchot Adélie ingérant de la neige pour se désaltérer

La ponte du premier œuf a lieu fin novembre. Quelques jours plus tard, les femelles quittent la colonie et rejoignent l’océan pour se nourrir. Les mâles incubent seuls jusqu’à leur retour.

male-sur-oeufMâle sur œuf qui attend le retour de la femelle

Chaque écart du nid ou inattention peut entrainer la perte définitive de l’œuf. Ces derniers sont effectivement convoités par les Skuas, qui n’hésitent pas à venir les chercher au pied du nid et à les emmener un peu plus loin pour s’en nourrir.

predation-skuaPrédation d’un œuf d’Adélie par un Skua

Nous suivons sur le long terme une colonie nommée « Antavia ». Plusieurs manchots sont équipés de puces électroniques (transpondeurs) et un système de passerelles avec des antennes les détecte automatiquement lorsqu’ils rentrent et sortent de la colonie.

colonieVue sur la colonie « Antavia »

La reproduction d’une cinquantaine de couples est suivie chaque saison. Les individus sont identifiés, marqués temporairement et capturés afin de récolter les données et échantillons nécessaires (mesures, poids, plumes, écouvillon, sang).

detection-colonieIdentification et marquage temporaire des couples en bordure de colonie

Plus spécifiquement cette année, une étude sur les contaminants est en cours (recherches de polluants organiques persistants, mercure) et certains couples sont équipés de logeurs (GPS et accéléromètres qui enregistrent l’activité) afin de savoir s’il existe des différences de stratégies de nourrissage entre des couples jeunes et expérimentés.

– Je vais faire le check ! déclarais-je un début de matinée

Nous observons la situation des couples que nous suivons deux fois par jour, la présence du mâle, de la femelle et des œufs. Nous attendons actuellement les premières éclosions!

– Oui et puis tu vas faire les antennes*, les microbs**, les tubes pour les empereurs*** et capturer les Adélies !

* nous posons des antennes mobiles pour détecter des manchots transpondés (pucés) dans l’archipel en dehors d’Antavia ** nous utilisons des appareils photo sur le terrain pour observer les déplacements des manchots *** nous équipons également certains poussins empereurs de transpondeurs

Devant moi, un barbu brun attablé au bureau et un barbu blond assis sur une chaise jambes croisées sont en train de me charger de toutes les routines de la journée (ironiquement, parce qu’en vrai sont très bienveillants !) : Aymeric, ancien hivernant qui commence une thèse corps et âme sur le programme et Clément, mon rigoureux prédécesseur en charge de toute la passation.

– Et tu nous fais un café ! renchérit Clément avec un grand sourire.

– Euh… non ! lancé-je en signe de désapprobation (faut pas abuser 😉 ). Mais j’ai ramené un croissant pour toi. Tu le veux ?

Le dimanche et le jeudi, le pâtissier agrémente le petit déjeuner du séjour par des croissants, des pains au chocolat ou de la brioche. Nous en ramenons souvent à Biomar lorsque l’un d’entre nous est de « veille » le matin, c’est-à-dire surveille les sorties des manchots que nous voulons capturer hors de la colonie afin d’éviter le dérangement près des nids.

-Ah, elle est parfaite ! me complimente finalement le barbu blond (pour le croissant rapporté, hein, et avec un bon second degré amical J).

Conclusion : malgré un programme parfois bien chargé, la bonne ambiance règne dans l’équipe du 137 !  (on a même un informaticien et un électronicien).

en-veille-a-biomar-1En veille à Biomar ! (photo clandestinement prise par l’informaticien de la 66)

Et alors pourquoi étudions-nous les manchots ? La couverture de la banquise, la température de l’océan, les perturbations météorologiques… autant de variables qui évoluent continuellement, modifient les habitats et influencent les espèces qui y vivent. En tant que prédateurs plongeurs en haut de la chaine trophique, les manchots sont particulièrement sensibles à ces modifications. Ils sont donc largement étudiés comme indicateurs des changements environnementaux dans les écosystèmes océaniques antarctiques. Une diminution des populations dans la péninsule ouest est par exemple associée au réchauffement des eaux de surface et à une disponibilité moins importante du krill dont se nourrissent les manchots (Cinimo et al., 2016). Un ajustement du régime alimentaire et néanmoins possible ; en Terre Adélie lorsque la banquise se retire plus rapidement en été, les manchots chassent moins de krill et plus de poisson près des côtes sans que cela affecte leur reproduction (Beaulieu et al., 2010). En quelque sorte, étudier la démographie et les stratégies adaptatives des manchots est un élément qui permet de comprendre comment se porte le continent blanc. Le programme de l’IPEV sur lequel nous travaillons (ECOPHY P137) s’inscrit dans cette dynamique globale de recherche scientifique sur le monde polaire.

 

 

Le meilleur du mois #1

Il y a 30 jours déjà je débarquais sur le continent blanc. Une parfaite occasion pour lancer une rubrique mensuelle un peu plus « light & fun » qui présente les événements météorologiques passés ainsi que des photos & citations qui n’ont pas trouvées leur place dans d’autres articles.

Bulletin météo               

Novembre a été marqué par un ensoleillement et un vent important, avec 13 jours où ce dernier a atteint 100km/h. Les températures ont varié de -12.8°C à +3.7°C. Particularité depuis le 7 décembre : le soleil frise éternellement l’horizon sans jamais disparaitre (« jour polaire »).

Photos 

Carte « Localisation pour les nouveaux arrivants » trouvée dans les archives photos de DDU ;-). Voici donc où je suis… à 16928km de Paris !

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On the ice again ! Je suis toujours surprise par l’aspect « cayon » de certaines rivières…

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Panorama de la manchotière des empereurs située à 1km de la base.

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Citations 

«  Pas de pronostiques en Antarctique ! », un dicton largement répandu ici pour de multiples raisons… moins de vent que prévu donc manip de dernière minute avec les empereurs, retard du RAID (convoi de tracteurs) suite à des problèmes mécaniques, campagnes océanographiques annulées car il reste toujours 50km de banquise entre nous et l’océan. Bref, vous l’aurez compris, adaptation et souplesse sont de mise.

Merci pour vos réactions à ce blog dont j’ai vent depuis la métropole. Je vous parlerai prochainement des études que nous menons sur les manchots d’Adélie depuis le début de l’été.

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

 

Sortie banquise

Sur la banquise.jpg
Sur la banquise

Depuis mon arrivée, j’ai eu le temps de quitter l’ile des Pétrels – où se situe DDU – pour faire plusieurs sorties sur l’eau gelée autour des autres iles de l’archipel.  Cette année la banquise tarde à débâcler (peut-être n’y aura-t-il même pas de débâcle ?) et nous marchons tranquillement sur 2m de glace. Aujourd’hui il fait 0°C, il n’y a pas de vent, tout le monde quitte sa veste rouge et opte pour une tenue estivale, polaire ou même T-shirt pour les anciens qui ont vécu le rude hiver.

  • La radio la radio pour Solène, appelle notre glaciologue d’été.
  • Oui Solène j’écoute, répond immédiatement le chef radio.

Chaque déplacement à l’extérieur de la base doit être signalé sur le canal principal de la radio qui porte à une vingtaine de kilomètres. Une question de sécurité qui donne parfois l’étrange impression que tout le monde sait où tout le monde est dans l’archipel.

  • Nous sommes cinq personnes, Benji, Coline, Adrien et Elodie. On part se balader en direction de Derbie.
  • C’est noté Solène !

Quelques pas plus loin, on comprend pourquoi le blanc envahissant de l’Antarctique n’est pas si monochrome. Chaque iceberg a une allure incroyable et unique : lisse, rugueux, pointu, plat, vallonné, crevassé ou avec des stalactites, blanc pur, bleuté, émeraude voir même rougeâtre.  En témoigne certains atypiques, les « bergs chocolat » – comme on les surnomme ici – qui abordent une surface marron chargée en matériaux récoltés au contact  des iles ou des fonds marins. La texture de la glace sous nos pieds n’est jamais la même non plus et nous passons de sols durs, poudreux ou glissants en quelques mètres.

Au-delà du paysage blanc, j’apprécie échanger avec les hivernants de la TA 66. Ils nous donnent le nom des différentes iles. Ils nous racontent les anecdotes sur les gens qui sont tombés dans les rivières (c’est-à-dire entre deux plaques de glace, mais rassurez-vous cela n’arrive pas souvent). Ils nous apprennent que la banquise est plus fragile aux abords des icebergs et que c’est souvent là où l’on rencontre des couples de phoques mère-petit. De brèves informations qui s’accumulent pour former  la passation que nous vivons actuellement et que nous transmettrons, bien plus tard, à nos successeurs.

  • Ça va, tu t’intègres bien ? me questionne le chef radio en fin de journée.
  • Ça va ! Quand tu arrives à DDU, tu es sur une pente ascendante « comme ça ! », montrais-je avec ma main presque à la verticale. Maintenant j’ai pris plus le temps de discuter avec les gens et de mieux voir les caractères de chacun. Mais bientôt il y aura R1 avec l’arrivée de la majorité de la TA 67. C’est la campagne d’été, on est dans une dynamique perpétuelle !
  • C’est tout à fait ça ! Ils seront alors comme tu étais lorsque tu es arrivée, à découvrir tous les bâtiments et à s’extasier de tout. Tu verras, c’est drôle.

C’est donc cela « l’aventure humaine » dont m’avaient parlé plusieurs anciens hivernants alors que je cherchais encore à me renseigner sur les TAAF. Enfin, c’est le début, l’avant-gout, la surface de l’iceberg ou quelque chose comme cela. Parce que les hivernages ne sont pas toujours roses et on ne peut pas savoir à l’avance quelle sera la cohésion de notre groupe.  En attendant, l’expérience que nous communique la TA 66 m’étonne, me surprend et me laisse songeuse. Blanc, comme une page encore un peu vierge qui finalement commence tout juste à se remplir.

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Berg chocolat
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Elodie et le phoque
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Rivière
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Géant de glace
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La marche de l’Adélie

Tour de base

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Vue sur le séjour
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Au pied de mon dortoir

La première chose qui m’a surpris en arrivant à DDU, c’est la proximité de la faune sur la base. On m’avait déjà confié que les animaux, épargnés de la prédation des hommes, n’ont pas développé une grande méfiance envers les bipèdes. Cependant, je ne m’attendais pas à voir des centaines de manchots et autres volatils à plumes à chaque coin de porte et jusque sous les passerelles extérieures qui relient entre eux les différents bâtiments. Ces derniers ont chacun une fonction spécifique : le séjour, le dortoir d’hiver, le bureau technique, la centrale ou encore biomar le repère des biologistes. Nous sommes actuellement 56 personnes sur la base. Les hivernants de la mission précédente nous dévoilent tous les secrets de DDU tandis que les campagnards d’été et les futurs hivernants (dont je fais partie) s’agitent à leurs tâches quotidiennes. Le menuisier et le chaudronnier préparent des caravanes qui partiront ravitailler Concordia (base antarctique franco-italienne à l’intérieur du continent), les électroniciens réparent des composés malmenés, les chimistes font des prélèvements atmosphériques, les ornithos sont tout le temps dehors à courir après les manchots (j’aurai l’occasion de vous en parler plus en détail)… Les conditions météorologiques en été sont assez proches d’un hiver européen. A l’heure où je rédige cet article, la température est de -9°C (-21°C en ressenti), le vent souffle en moyenne à 57 km/h avec des rafales à 77 km/h.

La base fonctionne à un rythme différent de la vie classique. Les communications avec l’extérieur sont assez limitées (pas internet sur les ordis perso, etc.) et la campagne d’été tourne à 100 à l’heure. Tu cours à droite à gauche, tu prends une douche en 5min avant le repas du soir, tu retournes rentrer les données du terrain à biomar puis tu sors te promener sur la banquise. Il est déjà 23h. Le soleil s’est couché à 22h10 et se lèvera à 02h34. La nuit n’est en réalité qu’un jour sombre. L’environnement est tellement unique – blanc à perte de vue, falaises de glace, milliers de manchots sur les iles –  qu’il me parait toujours « surnaturel ». Mon prédécesseur m’a confié ne pas s’être lassé du paysage en un an… toujours des lumières changeantes et la glace prends des visages différents au fil des saisons. Tout ceci fait que tu as amené avec toi ce que tu es, mais ta vie en métropole se met en pause. Quelque chose de différent peut se construire ici.

Alors je regarde les groupes de manchots d’Adélie accolés par paire au pied des bâtiments prêts à pondre leur premier œuf. Je regarde les pétrels des neiges défendre leur nid en râlant depuis les rochers. Je regarde le soleil s’abaisser sur le continent et le vent chasser la neige par devant. Je me dis enfin que j’ai de la chance d’être ici.

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Chaque coin de cailloux est un nid potentiel

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Passerelle et pétrel de neige
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Transport de cailloux pour le nid
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Localisation des prises de vue

R0 sur l’Astrolabe (deuxième partie)

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Avancée dans le pack

29 octobre – 9 novembre

A R0 au début de l’été austral, la banquise est en débâcle – des blocs qui se détachent et forment un « pack » – il n’est pas encore possible d’accoster directement à DDU. Notre entrée dans le pack commence à 300 km. L’idée étant d’atteindre une zone d’eau libre située à 80 km de la base. Les kilomètres restants se feront en hélico au-dessus de la banquise encore infranchissable. L’Astrolabe garde son cap, pousse des glaçons de quelques mètres, puis des plaques quelques dizaines de mètres et fini par avancer dans cinquante centimètre d’épaisseur de glace. Le blanc total et la navigation est loin d’être aisée.

  • Stan, interpelle la future commandante chef, le relief devant est assez chaotique, tu peux essayer trente degrés tribord la plaque semble plus fine.
  • No worries, répond le capitaine à la barre comme une formule magique.

Nous restons souvent bloqués trente minutes devant une zone de compression pour finir par faire demi-tour. Heureusement l’expérience, le sang-froid et l’humour de l’équipage viennent à bout des situations délicates.

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Blocs du pack

Cela aurait pu être un rêve. Mais non. J’ai vu bien des manchots empereurs et d’Adélie, des phoques crabiers, des damiers du cap, des pétrels des neiges, des pétrels antarctiques, des fulmars antarctiques et même un groupe d’orques onduler autour du bateau lors de notre sortie du pack. Le tout dans le gris de la mer, le bleu turquoise des pieds d’icebergs et les bords flamboyants de banquise au coucher de soleil. Seul regret, j’aurai aimé que vous soyez là pour voir cela en vrai 😉 .

C’est donc le 9 novembre après 3 jours d’avion, 13 jours de navigation et 5 jours bloqués dans la tempête (impossibilité de faire voler les hélicos avec des pointes de vent à 100 km/h) que je pose enfin le pied sur le continent blanc.

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L’Astrobale tanqué

 

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Couple de manchots empereurs et Adélie
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Phoque crabier
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Pétrel des neiges