Capture océanite

  • Ce soir, pas beaucoup de vent, capture océanite ?

Une étude pilote sur les océanites de Wilson est en cours depuis cette année. L’objectif à long terme est de comprendre l’utilisation de l’espace et les stratégies de nourrissage de ce petit oiseau migrateur marin, notamment en utilisant des microloggers pour acquérir des données sur la localisation des oiseaux. Cet été, nous documentons le taux de recapture d’oiseaux préalablement capturés et bagués. En effet, la pose de micrologger nécessitera une recapture pour récupérer le logger et les données. Pour cela, nous organisons plusieurs sessions de capture en posant des filets de baguage. Dès qu’un oiseau se prend dans le filet, nous le démaillions, nous le contrôlons (bagué ou non), puis nous le libérons.

  • J’essayerai de prendre encore une photo lors du relâché, me prévient Fab alors que j’accoure vers le filet pour libérer une océanite maillée.

  • Il va falloir attendre pour la photo, celle-ci est baguée ! triomphais-je avec sourire.

DSC_1316-DEV_sylvain_PDémaillage d’une océanite.

DSC_6813-DEV_sylvain_PContrôle de bague (avec ongles fluos… vestige d’une certaine soirée « verte »).

DSC_6836-DEV_sylvain_PRelâché.

Merci à Sylvain pour les photos de la manip et merci à Jéjé pour sa confiance :).

L’océanite de Wilson est la plus petite espèce d’oiseau qui se reproduit en Antarctique. Elle passe exclusivement son temps en mer, excepté pour la reproduction où elle se rapproche des îles antarctiques et subantarctiques. A DDU, les Wilsons nichent en colonie dans des cavités entre les blocs de roche. Avant de rentrer au nid, ils se posent souvent à l’entrée et on peut les apercevoir facilement sur les rochers.

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Baguage damiers du Cap

 

  • C’est toujours ok pour me donner un coup de main cette aprèm ? m’interroge Coline au repas du midi
  • Yes !

Ainsi me retrouvais-je pour la seconde fois en session de baguage poussins de damiers du Cap. L’intersaison me laisse un peu plus le temps de prêter main forte au programme de Coline qui suit la reproduction de toutes les espèces d’oiseaux nicheurs de l’archipel.

  • Je vais regretter dès que je vais me faire vomir dessus. A ouais c’était comme ça, j’avais oublié ! plaisantais-je en sortant du labo.

Lorsqu’ils se sentent menacés, les Procélaridés (pétrels, damiers…) ont la particularité de projeter une huile visqueuse qui provient de la digestion du krill, des crustacés et des petits poissons dont ils se nourrissent. Nous prenons de la hauteur pour atteindre la colonie de Mont Rose. Les damiers nichent sur les zones pentues des îles à même la roche. Les couples s’occupent d’un unique poussin, encore couvert de duvet, qui prendra son envol début mars une fois l’ensemble des plumes de vol développées.

J’apprécie attraper ces poussins maladroits et patauds (ça change des coups d’aileron des manchots Adélie !). Je m’applique à replier leurs ailes pour les maintenir contre moi. Ensuite j’attrape la patte gauche, j’enfile la bague et je serre jusqu’à ce qu’elle se referme puis je repose le poussin délicatement sur le nid.

1Les poussins se confondent facilement avec les rochers

2Pose de la bague

  • Tu peux suivre la faille et faire les poussins plus haut ! m’indique ma camarade ornitho.

Poussin 40351. Aujourd’hui c’est le départ des passagers pour le retour à R3. Tous les campagnards d’été de Biomar repartent sur l’Astrolabe. Nous allons nous retrouver toutes seules avec Coline ! Poussin 40352. Décidément, il vomi partout celui-là. Je le prends par où ? Et si je le retourne, il arrête ? Il m’a pas vomi sur les cheveux là ? Affreux ! Poussin 40353. C’est quand même une vraie chance de pouvoir baguer ces poussins. C’est impressionnant comment les adultes restent sur le nid quand on approche. Ils sont si peu farouches. Est-ce que je pourrais continuer à faire quelque chose comme cela quand je serai de retour en France ? Poussin 40354. L’hélico tourne au loin avec une élingue. Ils n’ont pas commencé l’embarquement des passagers R3 ?

3Adulte et poussin au nid

4Vue depuis Mont Rose

De nids en nids, je médite, je divague, des bribes d’idées, de sensations, l’enchainement des gestes que j’ai réussi à caler pour être efficace : poussin, enfilage bague, serrage, vérification numéro, note, nouvelle bague, poussin suivant. De temps en temps, je jette coup d’œil du haut de Mont Rose. Blanc, neigeux, ciel nuageux et par endroit menaçant. Chaque jour est unique. J’aime cette idée. J’aime cette journée qui marque une nouvelle étape pour notre duo d’hivernantes ornithos, lorsque plus tard, après les départs, nous revenons à Biomar en criant dans le couloir. Biomar est vide. Alors, ça y est, Biomar est à nous !

5Première d’une longue série 🙂

Le meilleur du mois #3

Bulletin météo               

Janvier fut un mois particulièrement ensoleillé et exceptionnellement peu venté. Une sorte d’apogée de l’été en Antarctique avec des températures entre -6.0°C et +4.8°C (tous à poil !) ;). Les températures positives et la contrainte des marées ont fragilisé la banquise. Des crevasses se sont formées aux abords des îles. La glace a partiellement fondue ou s’est morcelée en bloc. Nous avons donc assisté à une mini-débâcle locale autour de Pétrel. Il n’est plus possible de marcher sur la banquise à moitié fondue… sauf pour les manchots, beaucoup plus légers (environ 3 à 5kg pour un Adélie). Des centaines de manchots en échec de reproduction ont déserté les îles ces derniers jours. C’est la fin de la saison pour les Adélies.

glace-fond Une colonne de manchot se dirige en bord de banquise à 70km pour retrouver l’eau libre. En arrière-plan, Cap Prud’homme (à 5km de DDU), point de départ du RAID qui ravitaille la base continentale Concordia.]

Photo

passation_ddu-5Janvier a signé la fin de la passation et l’entrée en intersaison avant le retour des empereurs. Tradition oblige, nous avons fait une photo-passation avec Clément (oui, les ornithos travaillent dur).

Citation 

viking« AAAAAAAHHHHHHHHHHHH ! ». ;). Pour l’organisation de soirées à thème… la mission 67 et les campagnards restants ont pris le relai !

Merci aux quelques-uns qui m’ont envoyé des lettres-colis cette campagne d’été. Ça fait vraiment plaisir. Maintenant, il faudra attendre novembre 2017 :).

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

Au revoir et Cap Bienvenue

« Voici l’ordre de rembarquement des rentrants R2, a priori nous commencerons demain matin dimanche 22/01. »

Je lis les prénoms qui suivent dans le mail. Clément et Eddy partiront au premier hélico. Clément, mon prédécesseur que je ne présente plus et Eddy, l’informaticien de la 66 à qui je dois probablement un bon nombre de sourires ces derniers mois. Quinze mois passés en Terre Adélie. Je sais que je ne peux pas encore comprendre ce que signifie l’hiver. Ils sont contents de rentrer, ils ont vécus beaucoup ici et il est temps de laisser place à la 67.

Chacun abandonne ses activités et toute l’agitation se concentre au séjour entre les va-et-vient des hélicos. La journée prend une allure intemporelle.

salutationDernières salutations avant l’envol

au-revoir-glacioAu revoir entre glacios

L’infinité d’un dernier jour ou l’ultime éclair marquant le passage à une nouvelle aire ? Je ne sais donner une dimension à cette journée. Elle est juste hors du temps. Ils m’ont tout appris. Ils étaient là pour me soutenir au moindre problème. Et d’un coup ils disparaissent tous. Le bureau est vide et il ne me reste plus qu’une ribambelle de post-it pour me rappeler la frénésie de notre campagne d’été. Je suis seule. Les captures sur Antavia sont finies. Entre Adélies et empereurs, l’intersaison commence, d’un coup, brutalement, sans prévenir. Il y a sur mon visage des larmes et puis je souris, je ris même. Ces deux mois et demi ont été une période à part entière que j’ai pleinement vécue. Ils ont envie de rentrer. Le vide qu’ils laisseront me donnera le temps de vivre d’autres belles choses.

technique-helicoLes techniques, toujours en alerte pour gérer les allers et venues des hélicos

Après le départ d’Aymeric et de Victor, c’est à mon tour d’embarquer dans l’hélicoptère avec Coline et l’équipe du 1091. Nous nous rendons sur une île en dehors de notre archipel : « Cap Bienvenue ». Une vraie chance qui m’entraine dans un paysage différent, au relief rocailleux, accidenté et isolé de tout élément humain. A DDU, nous ne sommes que sur un bout de rocher parmi tant d’autres le long du continent…

cap-bienvenuVue sur Cap Bienvenue, à 10min d’hélico depuis DDU

  • Hey Coline ! Tu as vu beaucoup de poussins dans le coin où tu étais ? lançais-je au cœur du brouhaha créé par les milliers de manchots encore présents sur l’ile.

Cette année, nous sommes témoins d’un important échec de reproduction chez les Adélies, en partie dû à l’absence de débâcle qui rallonge la durée des voyages en mer et entraine un abandon précoce des œufs et des poussins.

  • Je suis allée sur toute la crête, m’indique Coline en pointant une des exterminées de l’ile. J’en ai compté 13 jusqu’au bout là-bas.

extrémité ile.jpegExtrémité Sud de l’île avec le continent en arrière-plan

Heureusement, il reste quelques poussins bien portants et ma mission est simple : les repérer et les ramener à l’équipe du 1091 qui effectue des prélèvements et des mesures afin de comparer le succès de reproduction avec d’autres îles.

poussin-adeliePrise en main d’un poussin après la manip pour replacement dans la colonie

Entre la soudaineté des séparations quelques heures plus tôt et ce parachutage loin de tous lieux connus, je me laisse porter. Je n’analyse plus. Je suis juste ici, bien vivante, perdue au bord du continent Antarctique. Ne suis-je pas venue ici pour cela ? Vivre l’instant présent.

coeur colonie.jpegAu cœur d’une colonie de manchot Adélie

 

Equipement de logger-GPS

 

  • Aymeric et Clément pour Elodie, la femelle 350 est sortie en bas de la colonie, appelais-je à la radio.

Je scrute l’écran de l’ordinateur qui renvoie toutes les détections enregistrées sur les passerelles d’Antavia. La colonie est située dans un canyon fermé naturellement par un relief rocailleux et pentu. En haut et en bas est installé un grillage qui guide les manchots Adélie vers des passerelles de sorties. Ces dernières sont reliées à tout un système électronique qui est conçu pour détecter les transpondeurs (rappel : puce électronique comme celles des chiens et chats) et reconnait individuellement chaque manchot.

transpondeurLes transpondeurs sont implantés au niveau de la cuisse des manchots lors de sessions de transpondage.

A chaque passage sur les passerelles, le numéro du manchot est renvoyé sur nos ordinateurs et nous savons donc à tout moment qui rentre ou quitte la colonie.

paserelle

sortie-manchotDeux manchots quittent la colonie par les passerelles

L’ordinateur émet une alarme caractéristique : un manchot que nous suivons est sorti.

  • Le mâle est rentré et le couple a switché, il faut équiper ! Précisais-je avant de me précipiter vers l’extérieur.

Je cours. J’entends le bruit métallique des passerelles sous mes pieds. L’air frais s’engouffre au creux de mon cou et de mes poignets. La colonie est située à une centaine de mètres de Biomar et il faut se dépêcher avant que le manchot ne s’éloigne vers la banquise. Mes deux collèges ont entendu l’appel via la radio et sont également en route.

Pour la thèse d’Aymeric, nous équipons certains manchots de logger, sorte de petites balises avec un GPS, un capteur de pression,  un thermomètre et un accéléromètre (mesure accélération lors de la plongée). L’idée est de suivre des jeunes reproducteurs et des reproducteurs plus vieux et expérimentés afin de savoir s’il existe des différences dans la stratégie de nourrissage (lieu de pêche, efficacité de la chasse, etc.)

Il faut maintenant repérer le manchot sorti de la colonie et une fois attrapé, nous prenons différentes mesures et échantillons (plumes, sang…) qui nous renseigneront sur son état général. Les prises de sang permettent par exemple de déterminer son sexe, d’étudier son régime alimentaire et de déceler des contaminants (ex : mercure).

mesureMesure du bec d’un manchot

Viens ensuite la pose du logger. Cette fois-ci, je maintiens le manchot sur mes genoux avec une capuche sur sa tête pour le tranquilliser pendant qu’Aymeric s’occupe de la fixation du logger sur son dos.

  • La colonne est là ! indiquais-je pour qu’il positionne le logger dans l’alignement des vertèbres.

Ciseaux, couper les bandes de tesa, soulever les plumes, passer les bandes dessous, poser le logger et ramener les bandes pour le maintenir… une succession d’actions bien précises sont à effectuer. Le logger ainsi collé sur les plumes peut rester fixé sans problème une dizaine de jours.

resultat

Résultat de la pose du logger: les bandes noires de tesa permettent la fixation sur les plumes.

Le manchot est ensuite relâché à l’endroit de sa capture. Je rentre soulagée que la pose se soit bien passée. Nous terminons la manip’ au laboratoire en traitait les échantillons récoltés sous quelques airs de guitare joués par Victor, statisticien du programme.

Le meilleur du mois #2

Bulletin météo               

Décembre fut un mois ensoleillé, assez doux et peu perturbé. Les températures ont varié de -8.2°C à + 4.6°C (canicule !). Notons néanmoins notre premier blizzard survenu mi-décembre, évènement climatique surprenant et chaotique.

blizzard.jpg

Manchots Adélie dans le blizzard.

manchot-glace-bec

manchon-glace

Les manchots en train de couver ne quittent pas leurs nids et sont rapidement recouvert d’une pellicule de glace qui se craquelle sous leurs mouvements.

Photos 

groupe

L’équipe « Biomar » durant la campagne d’été entre R1 et R2. Notre bâtiment accueille plusieurs programmes scientifiques principalement sur les oiseaux marins mais également sur les poissons chryopélagique (qui vivent sous la glace) et le zooplancton.

Une fois la campagne d’été achevée, nous ne serons plus que deux à exercer une activité à Biomar (avec Coline, en bas à gauche, à côté de moi)

Citations 

Suivre la pénologie des manchots, calibrer les pesons des passerelles d’Antavia, répertorier les différentes erreurs informatique, relever les données météo… Il y a tant à faire pour le programme que mes collègues ont jugé judicieux de coller des post-it un peu partout pour synthétiser l’essentiel des choses à ne pas oublier (!), avec comme crédo : « Corps et âme pour le 137 ».

post-it

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

 

Entre R1 et R2

Tout semblait glisser sur la glace. Les veilles à 6h du matin, les captures de manchots, les apéros au comptoir du séjour, les passages le soir à la salle de musique, et puis….

– A R0, il y avait une très bonne ambiance. On avait fait le tour de l’hivernage à 24, ça nous a fait du bien. Maintenant c’est différent, tout le monde est dans sa passation, il y a trop de gens, c’est fini la 66.

– On est plus chez nous !

– Certains sont nostalgiques de partir, d’autres sont tristes parce que les copains partent, d’autres viennent juste d’arriver et se connaissent déjà car ils ont passé du temps ensemble sur le bateau.

Quelques pensées de la mission précédente, nostalgique, résigné, déjà presque « sortis ». Ceux avec qui j’évoluais jusqu’alors dans un environnement social rassurant et chaleureux. Nous voici maintenant dans le tumulte de R1, les techniques de la 66 s’en vont, la mission 67 est presque au complet, d’autres campagnards d’été viennent mener leurs activités. Nous n’avons pas aperçu l’Astrolabe, qui a été stoppé par la banquise à 110 km et a fini par se rapprocher à 40 km pour une journée avant de repartir à Hobart. Le ravitaillement a été effectué par les hélicos entre le bateau et la base, donnant lieu à des chaines humaines formées par l’équipe technique et par les bras disponibles pour décharger le matériel scientifique et les vivres.

enregistrement-vivreDéchargement des vivres

J’ai finalement reçu mes cantines, près de 3 mois après leur envoi depuis la France ! Je me souviens des journées de préparation… pour qu’elles soient finalement déballées en vitesse et rangé en vrac dans la chambre, comme des pochettes surprises géantes dont je compte bien profiter tout l’hiver.

departDernier salut de l’hélicoptère pour le départ des météorologues de la 66

Les fêtes ont été prises dans cette atmosphère changeante, mouvementée, en dent de scie. Malgré tout, j’ai l’impression qu’elles ont redonné le sourire à bon nombre d’entre nous. Les guirlandes et le sapin dans le séjour, le grand buffet réparti sur les tables, la musique qui nous entraîne sur la piste de dance ? Une dynamique positive et insouciante, où j’ai eu un peu plus l’occasion d’échanger avec les nouveaux arrivants de ma propre mission.

cadeauLa fabrication de cadeau « maison » et leur distribution par le Père-Noël est une tradition à DDU

chic-chocPhoto : Réveillon du nouvel an sur le thème « chic & choc ! »

chaussures

Changement de chaussures à l’entrée du séjour !

Je vois déjà R2, prévu pour dans 2 semaines, emmener mon prédécesseur vers la métropole, 15 mois passés dans le grand blanc, deux étés au contact des Adélies et un hiver auprès des empereurs sur lesquels il aura veillé jusqu’au départ des poussins en mer.

poussinsRegroupement de poussins d’empereur en début de mue. Malheureusement cette année la longueur de la banquise a contraint les adultes à effectuer de longs trajets pour le nourrissage et beaucoup de poussins n’auront pas une condition physique suffisante pour atteindre la mer.