Chasse-neige

La manchotière n’a jamais le même visage. Souvent je la vois bruyante, mouvante, large, en pièces détachées. Les manchots se regroupent la nuit, ils s’écartent le jour. La manchotière danse en accordéon.

Et puis, un de ces jours, un de mes préférés. Les flocons en grains fins. Ceux qui courent sur la glace. Ceux qui se dilatent en nuage. Ceux qui s’embrasent au soleil.

Ces jours de chasse-neige. Le vent souffle la neige plus loin, la neige revient d’ailleurs.

Devant la manchotière, j’oublie les heures de veille, j’oublie le froid polaire, j’oublie que mes doigts gèlent. J’oublie qu’il existe un autre monde. Puisque que celui-ci est unique, puis-ce que celui-ci m’enveloppe tout entière.

L’instant présent.

Je vois le soleil glisser derrière Pétrel. Et puis, dans les rafales et les tourbillons, une phrase me revient : « Tu passeras ton hiver à côté des empereurs. On est très peu à avoir cette chance ».

Les jours de chasse-neige, la manchotière est une tortue de huit mille écailles dans un brouillard de lumière.

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