Au revoir et Cap Bienvenue

« Voici l’ordre de rembarquement des rentrants R2, a priori nous commencerons demain matin dimanche 22/01. »

Je lis les prénoms qui suivent dans le mail. Clément et Eddy partiront au premier hélico. Clément, mon prédécesseur que je ne présente plus et Eddy, l’informaticien de la 66 à qui je dois probablement un bon nombre de sourires ces derniers mois. Quinze mois passés en Terre Adélie. Je sais que je ne peux pas encore comprendre ce que signifie l’hiver. Ils sont contents de rentrer, ils ont vécus beaucoup ici et il est temps de laisser place à la 67.

Chacun abandonne ses activités et toute l’agitation se concentre au séjour entre les va-et-vient des hélicos. La journée prend une allure intemporelle.

salutationDernières salutations avant l’envol

au-revoir-glacioAu revoir entre glacios

L’infinité d’un dernier jour ou l’ultime éclair marquant le passage à une nouvelle aire ? Je ne sais donner une dimension à cette journée. Elle est juste hors du temps. Ils m’ont tout appris. Ils étaient là pour me soutenir au moindre problème. Et d’un coup ils disparaissent tous. Le bureau est vide et il ne me reste plus qu’une ribambelle de post-it pour me rappeler la frénésie de notre campagne d’été. Je suis seule. Les captures sur Antavia sont finies. Entre Adélies et empereurs, l’intersaison commence, d’un coup, brutalement, sans prévenir. Il y a sur mon visage des larmes et puis je souris, je ris même. Ces deux mois et demi ont été une période à part entière que j’ai pleinement vécue. Ils ont envie de rentrer. Le vide qu’ils laisseront me donnera le temps de vivre d’autres belles choses.

technique-helicoLes techniques, toujours en alerte pour gérer les allers et venues des hélicos

Après le départ d’Aymeric et de Victor, c’est à mon tour d’embarquer dans l’hélicoptère avec Coline et l’équipe du 1091. Nous nous rendons sur une île en dehors de notre archipel : « Cap Bienvenue ». Une vraie chance qui m’entraine dans un paysage différent, au relief rocailleux, accidenté et isolé de tout élément humain. A DDU, nous ne sommes que sur un bout de rocher parmi tant d’autres le long du continent…

cap-bienvenuVue sur Cap Bienvenue, à 10min d’hélico depuis DDU

  • Hey Coline ! Tu as vu beaucoup de poussins dans le coin où tu étais ? lançais-je au cœur du brouhaha créé par les milliers de manchots encore présents sur l’ile.

Cette année, nous sommes témoins d’un important échec de reproduction chez les Adélies, en partie dû à l’absence de débâcle qui rallonge la durée des voyages en mer et entraine un abandon précoce des œufs et des poussins.

  • Je suis allée sur toute la crête, m’indique Coline en pointant une des exterminées de l’ile. J’en ai compté 13 jusqu’au bout là-bas.

extrémité ile.jpegExtrémité Sud de l’île avec le continent en arrière-plan

Heureusement, il reste quelques poussins bien portants et ma mission est simple : les repérer et les ramener à l’équipe du 1091 qui effectue des prélèvements et des mesures afin de comparer le succès de reproduction avec d’autres îles.

poussin-adeliePrise en main d’un poussin après la manip pour replacement dans la colonie

Entre la soudaineté des séparations quelques heures plus tôt et ce parachutage loin de tous lieux connus, je me laisse porter. Je n’analyse plus. Je suis juste ici, bien vivante, perdue au bord du continent Antarctique. Ne suis-je pas venue ici pour cela ? Vivre l’instant présent.

coeur colonie.jpegAu cœur d’une colonie de manchot Adélie

 

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