La routine de l’attente

Les malles parties. Le passeport refait. Les papiers envoyés. L’objectif 300 commandé. Les mitaines-moufles toujours en attente. Il reste peu de choses avant le début, le vrai. Celui qui me mènera à Strasbourg pour trois semaines de formation.

Quand vous partez pour si longtemps, si loin, il y aura toujours quelque chose auquel vous renoncerez. Il faut accepter que les choses vont changer sans vous, et que vous changerez sans elles. Je regardais les joggers courir, la mer en Bretagne, les immeubles dans Paris, les bouchons sur l’autoroute. J’ai pensé au goût des smoothies à la banane, à mon Nougat sur mes jambes et à un garçon quelque part. Puis j’ai compris que les joies et les peines passées ne me quitteraient pas, je les emmènerais avec moi.

Après avoir déjà expliqué cent fois mon départ, après avoir été prise dans le tumulte des préparatifs, voilà que se dessine l’imperceptible.

« Demande-toi comment ce sera » me proposait mon autre sœur.

Les manchots ne seront pas tendres mais étonnants. Le travail sur le terrain me demandera beaucoup d’application. Il y aura des chaufferettes pour mes doigts congelés. Le temps passera aussi vite que le disait mon prédécesseur. Comme tous les autres hivernants, nous attendrons patiemment le courrier et les produits frais. A vrai dire, je suis certainement très loin de percevoir l’avenir qui m’attend.

La surprise,
la stabilité,
l’admiration pour la nature,
et les hommes ?

Ainsi suis-je bien pensive dans la routine de l’attente.

115 kg

Les malles, c’est un des premiers casse-tête matériel qui te confronte à la réalité du départ. Trois maximum de 40 kg chacune, pour un total de 120 kg.

« C’est très variable entre hivernants je dois dire, certains se limitent à une cantine, d’autres n’auront pas assez de trois ! » nous conseillait la responsable du programme.

Bon. Il faut donc aller les acheter dans la grande surface du coin. Après être resté un quart d’heure à s’interroger sur ce qu’on allait prendre, nous avons opté pour trois cantines métalliques (ce que je ne regrette pas, merci Papa !).

Vêtements, équipement grand froid, patins à glace, gâteaux secs, shampoing (un peu), après shampoing (beaucoup), huile pour cheveux, crème hydratante, stick à lèvre, savon, gel douche, dentifrice, bouilloire, lampe de chevet,  chocolat, bière, pot de confiture, pâte à tartiner, noix et autres fruit secs… ma guitare (elle rentrait dans la grande malle de 100 cm, comme si elle voulait venir, alors je l’ai prise).

« Fait toi plaisir, on ne prend jamais trop quand on part un an (enfin un peu plus) » me confiait mon prédécesseur actuellement sur place.

Et puis, peser le tout pour ne pas dépasser la limite. Petits bouts par petits bouts.

– Je peux prendre 20 kg en plus, tu as pas une idée ?
Les conseils des autres sont toujours bienvenus pour remédier à l’oubli.
– Tu as pris des chaussures de sport ? me répond ma sœur en pleine réflexion.
– Euh non, j’ai oublié.
Ça aurait été dommage.
– Tu vas pas courir sur un tapis pied nus !
Elle faisait référence à la salle de sport de la base, équipée entre autre d’un tapis de course. Ça fait moins rêver que nos footings estivaux le long de la plage, mais je testerai.

En plus, je suis finalement partie racheter des choses à manger et une bouteille de Picon, parce qu’on m’avait chuchoté que ce serait sympa dans la bière (je croise toujours les doigts pour que le tout ne gèle pas pendant le transport).

Mes trois malles partirons à Brest en septembre, seront expédiées par bateau et arriveront en même temps que moi en Terre Adélie (au mieux) où à la rotation suivante (si encore trop de banquise). Je suis parfaitement heureuse qu’elles soient bouclées (elles aussi huhu). 115 kg pour 14 mois !