Baguage damiers du Cap

 

  • C’est toujours ok pour me donner un coup de main cette aprèm ? m’interroge Coline au repas du midi
  • Yes !

Ainsi me retrouvais-je pour la seconde fois en session de baguage poussins de damiers du Cap. L’intersaison me laisse un peu plus le temps de prêter main forte au programme de Coline qui suit la reproduction de toutes les espèces d’oiseaux nicheurs de l’archipel.

  • Je vais regretter dès que je vais me faire vomir dessus. A ouais c’était comme ça, j’avais oublié ! plaisantais-je en sortant du labo.

Lorsqu’ils se sentent menacés, les Procélaridés (pétrels, damiers…) ont la particularité de projeter une huile visqueuse qui provient de la digestion du krill, des crustacés et des petits poissons dont ils se nourrissent. Nous prenons de la hauteur pour atteindre la colonie de Mont Rose. Les damiers nichent sur les zones pentues des îles à même la roche. Les couples s’occupent d’un unique poussin, encore couvert de duvet, qui prendra son envol début mars une fois l’ensemble des plumes de vol développées.

J’apprécie attraper ces poussins maladroits et patauds (ça change des coups d’aileron des manchots Adélie !). Je m’applique à replier leurs ailes pour les maintenir contre moi. Ensuite j’attrape la patte gauche, j’enfile la bague et je serre jusqu’à ce qu’elle se referme puis je repose le poussin délicatement sur le nid.

1Les poussins se confondent facilement avec les rochers

2Pose de la bague

  • Tu peux suivre la faille et faire les poussins plus haut ! m’indique ma camarade ornitho.

Poussin 40351. Aujourd’hui c’est le départ des passagers pour le retour à R3. Tous les campagnards d’été de Biomar repartent sur l’Astrolabe. Nous allons nous retrouver toutes seules avec Coline ! Poussin 40352. Décidément, il vomi partout celui-là. Je le prends par où ? Et si je le retourne, il arrête ? Il m’a pas vomi sur les cheveux là ? Affreux ! Poussin 40353. C’est quand même une vraie chance de pouvoir baguer ces poussins. C’est impressionnant comment les adultes restent sur le nid quand on approche. Ils sont si peu farouches. Est-ce que je pourrais continuer à faire quelque chose comme cela quand je serai de retour en France ? Poussin 40354. L’hélico tourne au loin avec une élingue. Ils n’ont pas commencé l’embarquement des passagers R3 ?

3Adulte et poussin au nid

4Vue depuis Mont Rose

De nids en nids, je médite, je divague, des bribes d’idées, de sensations, l’enchainement des gestes que j’ai réussi à caler pour être efficace : poussin, enfilage bague, serrage, vérification numéro, note, nouvelle bague, poussin suivant. De temps en temps, je jette coup d’œil du haut de Mont Rose. Blanc, neigeux, ciel nuageux et par endroit menaçant. Chaque jour est unique. J’aime cette idée. J’aime cette journée qui marque une nouvelle étape pour notre duo d’hivernantes ornithos, lorsque plus tard, après les départs, nous revenons à Biomar en criant dans le couloir. Biomar est vide. Alors, ça y est, Biomar est à nous !

5Première d’une longue série 🙂

Le meilleur du mois #3

Bulletin météo               

Janvier fut un mois particulièrement ensoleillé et exceptionnellement peu venté. Une sorte d’apogée de l’été en Antarctique avec des températures entre -6.0°C et +4.8°C (tous à poil !) ;). Les températures positives et la contrainte des marées ont fragilisé la banquise. Des crevasses se sont formées aux abords des îles. La glace a partiellement fondue ou s’est morcelée en bloc. Nous avons donc assisté à une mini-débâcle locale autour de Pétrel. Il n’est plus possible de marcher sur la banquise à moitié fondue… sauf pour les manchots, beaucoup plus légers (environ 3 à 5kg pour un Adélie). Des centaines de manchots en échec de reproduction ont déserté les îles ces derniers jours. C’est la fin de la saison pour les Adélies.

glace-fond Une colonne de manchot se dirige en bord de banquise à 70km pour retrouver l’eau libre. En arrière-plan, Cap Prud’homme (à 5km de DDU), point de départ du RAID qui ravitaille la base continentale Concordia.]

Photo

passation_ddu-5Janvier a signé la fin de la passation et l’entrée en intersaison avant le retour des empereurs. Tradition oblige, nous avons fait une photo-passation avec Clément (oui, les ornithos travaillent dur).

Citation 

viking« AAAAAAAHHHHHHHHHHHH ! ». ;). Pour l’organisation de soirées à thème… la mission 67 et les campagnards restants ont pris le relai !

Merci aux quelques-uns qui m’ont envoyé des lettres-colis cette campagne d’été. Ça fait vraiment plaisir. Maintenant, il faudra attendre novembre 2017 :).

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

Au revoir et Cap Bienvenue

« Voici l’ordre de rembarquement des rentrants R2, a priori nous commencerons demain matin dimanche 22/01. »

Je lis les prénoms qui suivent dans le mail. Clément et Eddy partiront au premier hélico. Clément, mon prédécesseur que je ne présente plus et Eddy, l’informaticien de la 66 à qui je dois probablement un bon nombre de sourires ces derniers mois. Quinze mois passés en Terre Adélie. Je sais que je ne peux pas encore comprendre ce que signifie l’hiver. Ils sont contents de rentrer, ils ont vécus beaucoup ici et il est temps de laisser place à la 67.

Chacun abandonne ses activités et toute l’agitation se concentre au séjour entre les va-et-vient des hélicos. La journée prend une allure intemporelle.

salutationDernières salutations avant l’envol

au-revoir-glacioAu revoir entre glacios

L’infinité d’un dernier jour ou l’ultime éclair marquant le passage à une nouvelle aire ? Je ne sais donner une dimension à cette journée. Elle est juste hors du temps. Ils m’ont tout appris. Ils étaient là pour me soutenir au moindre problème. Et d’un coup ils disparaissent tous. Le bureau est vide et il ne me reste plus qu’une ribambelle de post-it pour me rappeler la frénésie de notre campagne d’été. Je suis seule. Les captures sur Antavia sont finies. Entre Adélies et empereurs, l’intersaison commence, d’un coup, brutalement, sans prévenir. Il y a sur mon visage des larmes et puis je souris, je ris même. Ces deux mois et demi ont été une période à part entière que j’ai pleinement vécue. Ils ont envie de rentrer. Le vide qu’ils laisseront me donnera le temps de vivre d’autres belles choses.

technique-helicoLes techniques, toujours en alerte pour gérer les allers et venues des hélicos

Après le départ d’Aymeric et de Victor, c’est à mon tour d’embarquer dans l’hélicoptère avec Coline et l’équipe du 1091. Nous nous rendons sur une île en dehors de notre archipel : « Cap Bienvenue ». Une vraie chance qui m’entraine dans un paysage différent, au relief rocailleux, accidenté et isolé de tout élément humain. A DDU, nous ne sommes que sur un bout de rocher parmi tant d’autres le long du continent…

cap-bienvenuVue sur Cap Bienvenue, à 10min d’hélico depuis DDU

  • Hey Coline ! Tu as vu beaucoup de poussins dans le coin où tu étais ? lançais-je au cœur du brouhaha créé par les milliers de manchots encore présents sur l’ile.

Cette année, nous sommes témoins d’un important échec de reproduction chez les Adélies, en partie dû à l’absence de débâcle qui rallonge la durée des voyages en mer et entraine un abandon précoce des œufs et des poussins.

  • Je suis allée sur toute la crête, m’indique Coline en pointant une des exterminées de l’ile. J’en ai compté 13 jusqu’au bout là-bas.

extrémité ile.jpegExtrémité Sud de l’île avec le continent en arrière-plan

Heureusement, il reste quelques poussins bien portants et ma mission est simple : les repérer et les ramener à l’équipe du 1091 qui effectue des prélèvements et des mesures afin de comparer le succès de reproduction avec d’autres îles.

poussin-adeliePrise en main d’un poussin après la manip pour replacement dans la colonie

Entre la soudaineté des séparations quelques heures plus tôt et ce parachutage loin de tous lieux connus, je me laisse porter. Je n’analyse plus. Je suis juste ici, bien vivante, perdue au bord du continent Antarctique. Ne suis-je pas venue ici pour cela ? Vivre l’instant présent.

coeur colonie.jpegAu cœur d’une colonie de manchot Adélie

 

Equipement de logger-GPS

 

  • Aymeric et Clément pour Elodie, la femelle 350 est sortie en bas de la colonie, appelais-je à la radio.

Je scrute l’écran de l’ordinateur qui renvoie toutes les détections enregistrées sur les passerelles d’Antavia. La colonie est située dans un canyon fermé naturellement par un relief rocailleux et pentu. En haut et en bas est installé un grillage qui guide les manchots Adélie vers des passerelles de sorties. Ces dernières sont reliées à tout un système électronique qui est conçu pour détecter les transpondeurs (rappel : puce électronique comme celles des chiens et chats) et reconnait individuellement chaque manchot.

transpondeurLes transpondeurs sont implantés au niveau de la cuisse des manchots lors de sessions de transpondage.

A chaque passage sur les passerelles, le numéro du manchot est renvoyé sur nos ordinateurs et nous savons donc à tout moment qui rentre ou quitte la colonie.

paserelle

sortie-manchotDeux manchots quittent la colonie par les passerelles

L’ordinateur émet une alarme caractéristique : un manchot que nous suivons est sorti.

  • Le mâle est rentré et le couple a switché, il faut équiper ! Précisais-je avant de me précipiter vers l’extérieur.

Je cours. J’entends le bruit métallique des passerelles sous mes pieds. L’air frais s’engouffre au creux de mon cou et de mes poignets. La colonie est située à une centaine de mètres de Biomar et il faut se dépêcher avant que le manchot ne s’éloigne vers la banquise. Mes deux collèges ont entendu l’appel via la radio et sont également en route.

Pour la thèse d’Aymeric, nous équipons certains manchots de logger, sorte de petites balises avec un GPS, un capteur de pression,  un thermomètre et un accéléromètre (mesure accélération lors de la plongée). L’idée est de suivre des jeunes reproducteurs et des reproducteurs plus vieux et expérimentés afin de savoir s’il existe des différences dans la stratégie de nourrissage (lieu de pêche, efficacité de la chasse, etc.)

Il faut maintenant repérer le manchot sorti de la colonie et une fois attrapé, nous prenons différentes mesures et échantillons (plumes, sang…) qui nous renseigneront sur son état général. Les prises de sang permettent par exemple de déterminer son sexe, d’étudier son régime alimentaire et de déceler des contaminants (ex : mercure).

mesureMesure du bec d’un manchot

Viens ensuite la pose du logger. Cette fois-ci, je maintiens le manchot sur mes genoux avec une capuche sur sa tête pour le tranquilliser pendant qu’Aymeric s’occupe de la fixation du logger sur son dos.

  • La colonne est là ! indiquais-je pour qu’il positionne le logger dans l’alignement des vertèbres.

Ciseaux, couper les bandes de tesa, soulever les plumes, passer les bandes dessous, poser le logger et ramener les bandes pour le maintenir… une succession d’actions bien précises sont à effectuer. Le logger ainsi collé sur les plumes peut rester fixé sans problème une dizaine de jours.

resultat

Résultat de la pose du logger: les bandes noires de tesa permettent la fixation sur les plumes.

Le manchot est ensuite relâché à l’endroit de sa capture. Je rentre soulagée que la pose se soit bien passée. Nous terminons la manip’ au laboratoire en traitait les échantillons récoltés sous quelques airs de guitare joués par Victor, statisticien du programme.

Le meilleur du mois #2

Bulletin météo               

Décembre fut un mois ensoleillé, assez doux et peu perturbé. Les températures ont varié de -8.2°C à + 4.6°C (canicule !). Notons néanmoins notre premier blizzard survenu mi-décembre, évènement climatique surprenant et chaotique.

blizzard.jpg

Manchots Adélie dans le blizzard.

manchot-glace-bec

manchon-glace

Les manchots en train de couver ne quittent pas leurs nids et sont rapidement recouvert d’une pellicule de glace qui se craquelle sous leurs mouvements.

Photos 

groupe

L’équipe « Biomar » durant la campagne d’été entre R1 et R2. Notre bâtiment accueille plusieurs programmes scientifiques principalement sur les oiseaux marins mais également sur les poissons chryopélagique (qui vivent sous la glace) et le zooplancton.

Une fois la campagne d’été achevée, nous ne serons plus que deux à exercer une activité à Biomar (avec Coline, en bas à gauche, à côté de moi)

Citations 

Suivre la pénologie des manchots, calibrer les pesons des passerelles d’Antavia, répertorier les différentes erreurs informatique, relever les données météo… Il y a tant à faire pour le programme que mes collègues ont jugé judicieux de coller des post-it un peu partout pour synthétiser l’essentiel des choses à ne pas oublier (!), avec comme crédo : « Corps et âme pour le 137 ».

post-it

Elodie, biologiste ECOPHY (P137), TA 67.

 

Entre R1 et R2

Tout semblait glisser sur la glace. Les veilles à 6h du matin, les captures de manchots, les apéros au comptoir du séjour, les passages le soir à la salle de musique, et puis….

– A R0, il y avait une très bonne ambiance. On avait fait le tour de l’hivernage à 24, ça nous a fait du bien. Maintenant c’est différent, tout le monde est dans sa passation, il y a trop de gens, c’est fini la 66.

– On est plus chez nous !

– Certains sont nostalgiques de partir, d’autres sont tristes parce que les copains partent, d’autres viennent juste d’arriver et se connaissent déjà car ils ont passé du temps ensemble sur le bateau.

Quelques pensées de la mission précédente, nostalgique, résigné, déjà presque « sortis ». Ceux avec qui j’évoluais jusqu’alors dans un environnement social rassurant et chaleureux. Nous voici maintenant dans le tumulte de R1, les techniques de la 66 s’en vont, la mission 67 est presque au complet, d’autres campagnards d’été viennent mener leurs activités. Nous n’avons pas aperçu l’Astrolabe, qui a été stoppé par la banquise à 110 km et a fini par se rapprocher à 40 km pour une journée avant de repartir à Hobart. Le ravitaillement a été effectué par les hélicos entre le bateau et la base, donnant lieu à des chaines humaines formées par l’équipe technique et par les bras disponibles pour décharger le matériel scientifique et les vivres.

enregistrement-vivreDéchargement des vivres

J’ai finalement reçu mes cantines, près de 3 mois après leur envoi depuis la France ! Je me souviens des journées de préparation… pour qu’elles soient finalement déballées en vitesse et rangé en vrac dans la chambre, comme des pochettes surprises géantes dont je compte bien profiter tout l’hiver.

departDernier salut de l’hélicoptère pour le départ des météorologues de la 66

Les fêtes ont été prises dans cette atmosphère changeante, mouvementée, en dent de scie. Malgré tout, j’ai l’impression qu’elles ont redonné le sourire à bon nombre d’entre nous. Les guirlandes et le sapin dans le séjour, le grand buffet réparti sur les tables, la musique qui nous entraîne sur la piste de dance ? Une dynamique positive et insouciante, où j’ai eu un peu plus l’occasion d’échanger avec les nouveaux arrivants de ma propre mission.

cadeauLa fabrication de cadeau « maison » et leur distribution par le Père-Noël est une tradition à DDU

chic-chocPhoto : Réveillon du nouvel an sur le thème « chic & choc ! »

chaussures

Changement de chaussures à l’entrée du séjour !

Je vois déjà R2, prévu pour dans 2 semaines, emmener mon prédécesseur vers la métropole, 15 mois passés dans le grand blanc, deux étés au contact des Adélies et un hiver auprès des empereurs sur lesquels il aura veillé jusqu’au départ des poussins en mer.

poussinsRegroupement de poussins d’empereur en début de mue. Malheureusement cette année la longueur de la banquise a contraint les adultes à effectuer de longs trajets pour le nourrissage et beaucoup de poussins n’auront pas une condition physique suffisante pour atteindre la mer.

Les manchots d’ « Antavia »

Nos activités estivales sont principalement centrées sur le manchot d’Adélie (Pygoscelis adeliae) qui se reproduit l’été sur les côtes de l’Antarctique. Dans l’archipel de la Pointe Géologie, 47000 couples sont répartis sur plusieurs colonies qui regroupent des centaines de reproducteurs, accolés les uns aux autres entre les rochers. Les premiers individus arrivent fin octobre pour installer leur nid entre quelques cailloux. La formation des couples s’accompagne de parades sonores où les partenaires se dandinent face à face en poussant des grognements rauques. Pendant cette période, aucun ne s’alimente mais on peut néanmoins les observer se désaltérer en absorbant de la neige sur le pourtour des colonies.

manchot-neigeManchot d’Adélie ingérant de la neige pour se désaltérer

La ponte du premier œuf a lieu fin novembre. Quelques jours plus tard, les femelles quittent la colonie et rejoignent l’océan pour se nourrir. Les mâles incubent seuls jusqu’à leur retour.

male-sur-oeufMâle sur œuf qui attend le retour de la femelle

Chaque écart du nid ou inattention peut entrainer la perte définitive de l’œuf. Ces derniers sont effectivement convoités par les Skuas, qui n’hésitent pas à venir les chercher au pied du nid et à les emmener un peu plus loin pour s’en nourrir.

predation-skuaPrédation d’un œuf d’Adélie par un Skua

Nous suivons sur le long terme une colonie nommée « Antavia ». Plusieurs manchots sont équipés de puces électroniques (transpondeurs) et un système de passerelles avec des antennes les détecte automatiquement lorsqu’ils rentrent et sortent de la colonie.

colonieVue sur la colonie « Antavia »

La reproduction d’une cinquantaine de couples est suivie chaque saison. Les individus sont identifiés, marqués temporairement et capturés afin de récolter les données et échantillons nécessaires (mesures, poids, plumes, écouvillon, sang).

detection-colonieIdentification et marquage temporaire des couples en bordure de colonie

Plus spécifiquement cette année, une étude sur les contaminants est en cours (recherches de polluants organiques persistants, mercure) et certains couples sont équipés de logeurs (GPS et accéléromètres qui enregistrent l’activité) afin de savoir s’il existe des différences de stratégies de nourrissage entre des couples jeunes et expérimentés.

– Je vais faire le check ! déclarais-je un début de matinée

Nous observons la situation des couples que nous suivons deux fois par jour, la présence du mâle, de la femelle et des œufs. Nous attendons actuellement les premières éclosions!

– Oui et puis tu vas faire les antennes*, les microbs**, les tubes pour les empereurs*** et capturer les Adélies !

* nous posons des antennes mobiles pour détecter des manchots transpondés (pucés) dans l’archipel en dehors d’Antavia ** nous utilisons des appareils photo sur le terrain pour observer les déplacements des manchots *** nous équipons également certains poussins empereurs de transpondeurs

Devant moi, un barbu brun attablé au bureau et un barbu blond assis sur une chaise jambes croisées sont en train de me charger de toutes les routines de la journée (ironiquement, parce qu’en vrai sont très bienveillants !) : Aymeric, ancien hivernant qui commence une thèse corps et âme sur le programme et Clément, mon rigoureux prédécesseur en charge de toute la passation.

– Et tu nous fais un café ! renchérit Clément avec un grand sourire.

– Euh… non ! lancé-je en signe de désapprobation (faut pas abuser 😉 ). Mais j’ai ramené un croissant pour toi. Tu le veux ?

Le dimanche et le jeudi, le pâtissier agrémente le petit déjeuner du séjour par des croissants, des pains au chocolat ou de la brioche. Nous en ramenons souvent à Biomar lorsque l’un d’entre nous est de « veille » le matin, c’est-à-dire surveille les sorties des manchots que nous voulons capturer hors de la colonie afin d’éviter le dérangement près des nids.

-Ah, elle est parfaite ! me complimente finalement le barbu blond (pour le croissant rapporté, hein, et avec un bon second degré amical J).

Conclusion : malgré un programme parfois bien chargé, la bonne ambiance règne dans l’équipe du 137 !  (on a même un informaticien et un électronicien).

en-veille-a-biomar-1En veille à Biomar ! (photo clandestinement prise par l’informaticien de la 66)

Et alors pourquoi étudions-nous les manchots ? La couverture de la banquise, la température de l’océan, les perturbations météorologiques… autant de variables qui évoluent continuellement, modifient les habitats et influencent les espèces qui y vivent. En tant que prédateurs plongeurs en haut de la chaine trophique, les manchots sont particulièrement sensibles à ces modifications. Ils sont donc largement étudiés comme indicateurs des changements environnementaux dans les écosystèmes océaniques antarctiques. Une diminution des populations dans la péninsule ouest est par exemple associée au réchauffement des eaux de surface et à une disponibilité moins importante du krill dont se nourrissent les manchots (Cinimo et al., 2016). Un ajustement du régime alimentaire et néanmoins possible ; en Terre Adélie lorsque la banquise se retire plus rapidement en été, les manchots chassent moins de krill et plus de poisson près des côtes sans que cela affecte leur reproduction (Beaulieu et al., 2010). En quelque sorte, étudier la démographie et les stratégies adaptatives des manchots est un élément qui permet de comprendre comment se porte le continent blanc. Le programme de l’IPEV sur lequel nous travaillons (ECOPHY P137) s’inscrit dans cette dynamique globale de recherche scientifique sur le monde polaire.