Retour des Adélies

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Les manchots Adélies reviennent depuis la banquise et s’installent sur les îles de l’archipel.

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« Isabelle », le manchot leucique.

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Choix du nid : la guerre des cailloux commence !

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Les querelles aboutissent souvent à des blessures superficielles.

 

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Les mâles vocalisent pour attirer leur partenaire (ecstatic call).

Le premier été, comprendre le fonctionnement DDU et s’approprier notre environnement de travail nous beigne dans un trop plein d’informations que l’on ne peut apprécier dans son intégralité.

Le second été est déchargé de tous ces éléments, neufs, étrangers et déroutants. On prête alors plus attention à des détails qui nous avaient échappé jusqu’alors. On se remet à vivre au rythme des Adélies et on redécouvre leur palette comportementale. Tout semble plus simple, plus logique et lisible.

Et puis, le soleil déclinant. Le vent et la neige soufflée. En chemin je me laisse distraire par les pétrels des neiges. Je reste une heure à observer les querelles, les papouilles et les pirouettes dans la poudreuse. Je n’avais pas pris ce temps au premier été.

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Le meilleur de l’hiver #7 à #12

  • On va sortir de l’hiver… vivre une nouvelle dynamique sociale, rappelais-je à Louis lors d’une conversation au séjour qui débutait par « je n’aurais probablement pas le temps de lire un autre de tes bouquins ». Toutes nos habitudes vont changer, on va se retrouver dans la passation, ne plus avoir beaucoup de temps pour soi…
  • A être maintenant à leur place, je comprends mieux l’attitude des anciens quand on est arrivé, ajoute Louis. Il y en avait certains, je ne les trouvais pas tellement ouverts, alors que…

Louis adopte une mimique du genre « Et bien mec ! Regarde où tu es ! L’environnement est incroyable », puis il reprend :

  • Certains ne parlaient pas beaucoup, ou alors il fallait vraiment se retrouver en petit comité. Ici, ça a beau être super et génial, au bout d’un certain temps, on ressent un essoufflement à force de vivre tout le temps groupe. Ça demande de l’énergie, tu n’as plus forcément envie d’aller autant vers les autres. Ils étaient comme nous maintenant, des fois tu as envie de discuter, d’autres fois c’est « laisse-moi tranquille » !

Des mouvements importants de personnes et une vie à cent à l’heure pour avoir le temps de partager toutes les informations qui seront utiles à nos successeurs, les voir s’extasier de DDU alors que nous sommes encore imprégnés de l’hiver (ses joies et ses galères !), se remettre dans le bain des manip’ d’été… c’est une nouvelle saison qui commence.

  • C’est étrange de pouvoir formuler théoriquement ce qui va se passer mais de ne pas encore le ressentir émotionnellement ! Concluais-je enfin.

L’hiver, je me suis installée dans une routine et une stabilité sociale plaisante « traineau-manchot-dodo ». Sur le terrain, j’ai fini par connaitre ma résistance physique en fonction de la température extérieure (à -25°C : une heure ça va, deux heures il fait froid !) et le vent maximum pour mes sorties (pas au-delà de 45kt…). J’ai compris qu’il ne fallait pas sous-estimer les perturbations climatiques, ni la dynamique des congères ! Combien de fois mes antennes de détection se sont retrouvées sous plus d’un mètre de neige ? Heureusement, j’y avais mis des piquets comme conseillé par mon prédécesseur. J’ai profité d’une grande liberté d’organisation dans mon travail : pas d’horaires ou de chiffres imposés, c’est la motivation et le bon sens qui guident le quotidien.

J’ai vécu des moments de vie sur base supers, animé Skuarock radio, lu beaucoup de bouquins (des trucs d’aventures, de naufragés), testé quelques recettes de cuisine (suisse aux chocolats, pizza…), essayé le patin et le ski de fond banquise, joué des mini-concerts de guitare, souvent dansé lors des soirées animées, partagé de bons moments avec mes manipeurs sur le terrain et au labo, aidé pour les manip du glacio (bon ok, juste une seule fois en fait !) ou de Coline (tes antennes et les phoques !), fait pas mal de sport en salle, bricolé des cadeaux pour les anniversaires (lampe lapin, verre décoré…), peint une fresque à la Centrale, beaucoup filmé les empereurs (en plus du taff habituel) et fait du montage vidéo, préparé une présentation pour les « jeudis de la connaissance (sur le chant des emps), admiré les aurores australes, lancé le fameux ballon météo…  Bref, je me suis rarement ennuyée, et quand les occupations venaient à manquer, je me calais au chaud devant un film ou une série.

Pourtant, le retour de la campagne d’été viendra mettre fin à cette période stable et rassurante, que j’aurai apprécié prolonger de quelques mois encore.

DDU est bien une aventure, émotionnelle et humaine avant tout. Aujourd’hui, encore enveloppée dans l’hiver. Demain, DDU continuera ses cycles, DDU redeviendra un rêve, un monde lointain et imperceptible. Une parenthèse dans la vie. Un instant coupé du monde où j’ai finalement été heureuse.

Mais avant tout, quelques instants du meilleur de l’hiver.

_ONN6033.JPGRecherche des manchots marqués / 4 mai (photo F. Mariotti)

IMG_8777.jpgCopulation chez les empereurs / 6 mai

_DSC0671.jpgSkuarock radio / 6 juin (photo F. Mariotti)

IMG_1610.jpgLes mâles en incubation encerclent ma station météo / 8 juin

_DSC0793.jpgCâlin-Coline / 16 juillet (photo F. Mariotti)

_ONN9416.JPGContrôle des antennes de détection / 9 août (photo F. Mariotti)

IMG_8601.jpgDes poussins encore bien au chaud / 25 août

IMG_9051.jpgRamassage de poussins morts naturellement / 8 septembre

IMG_9037.jpgDeux empereurs sur la banquise / 8 septembre

Patin à glace

On a tous quelques petits projets que l’on a envie de concrétiser durant l’hiver.

Certain ne se réaliseront jamais… d’autres si =D.

Voilà que la glace, sur laquelle on s’est si souvent « cassé la gueule », devient le temps d’une session patin un grand terrain de jeu.

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Shift poussin

C’est une grande journée ensoleillée. Quasiment pas de vent, tout au plus quelques nœuds. Le soleil s’élève un peu plus haut chaque jour. Je me sens éblouie, presque agressée par cette lumière vive, oubliée. Je porte des lunettes de soleil d’été et j’ai même étalé un peu de crème sur les parties exposées de mon visage. Le plein hiver s’éloigne ; adieu les constantes lumières pastelles et la manchotière silencieuse : tout cela est derrière.

Devant : la manchotière bruyante, lâche, éclatée et ses poussins trop gros qui dépassent maintenant des pattes des adultes.

PicsColony_2017.08.jpgJe suis montée sur notre poste d’observation quotidien : un petit iceberg qui surplombe la manchotière. Je peux ainsi repérer plus facilement les manchots marqués (avec de la teinture permanente au tout début de la saison).

  • Elodie, me prévient Coline à la Radio, je crois bien que « Fifi » est en train de revenir vers la manchotière

Les manchots marqués portent arbitrairement des numéros, mais une femelle manchot que nous avons l’habitude d’observer quotidiennement a été nommée familièrement.

  • Déjà ! m’exclamais-je surprise. Ok, je vais descendre pour essayer de l’enregistrer !

Nous sommes en pleine période de « shift poussin » : les mâles et les femelles alternent la garde et le nourrissage du poussin. Ils doivent tout d’abord rejoindre le bord de banquise situé à 70 km, puis ils passent quelques jours à se nourrir en mer et ils reviennent vers la manchotière. Fifi avait été observée pour la dernière fois le 19 août est elle est revenue le 22. Il lui a donc fallu 4 jours pour effectuer ce voyage.

Fifi arrive à la manchotière et émet un premier chant. L’ambiance sonore est très forte mais je la vois tourner la tête puis marcher avec conviction vers un mâle ; a-t-elle entendu quelque chose ? (les manchots se reconnaissant par leur chant).

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Fifi se place devant le mâle et chante à nouveau. Avec surprise, j’observe celui-ci lui répondre sèchement par un coup de bec. Ce n’est pas le bon ! Fifi, trompée, se dirige vers un autre mâle qui couve un poussin. Elle chante et obtient cette fois-ci la réponse de son partenaire.

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Reconnaissant également le chant, le poussin s’échappe des pattes du mâle avant d’être recueilli par la femelle qui le guide vers elle avec son bec.

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Une scène d’échange de chants et de courbettes se poursuit entre les adultes pendant quinze minutes, puis le mâle s’éloigne. La femelle essaye d’abord de rattraper son partenaire (mais avec un poussin entre les pattes, elle est vite distancée !). Enfin, elle finit par nourrir son poussin retrouvé.

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C’est la première fois que j’ai la chance d’observer un shift poussin de manière aussi complète. Les données phénologiques (durée des voyages en mer, date d’émancipation des poussins…) sont systématiquement relevées et une fois mises en relation avec d’autres données environnementales (étendue de la banquise, disponibilité des ressources alimentaires…), elles permettent de mieux comprendre comment les manchots s’adaptent aux changements environnementaux globaux.

PS : les dates des dépêches postales de la prochaine campagne d’été ont été mises à jour. Rendez-vous dans l’onglet « restons proches ». Si vous m’envoyez un courrier, n’oubliez pas de mettre votre adresse au dos afin que je puisse vous répondre 🙂 !!

Le chant des empereurs

Un rendez-vous quotidien. Chaque jour, inlassablement, je charge la pulka. Je descends la piste vers le hangar bleu puis je continue sur la mer de glace, jusqu’à l’ouest de l’île de Lamarck. Elle est devenue « ma » manchotière. Celle que j’ai observé des heures. Peut-être deux cent, peut-être trois cent ? Celle autour de laquelle j’ai tourné autant de fois. Celle que j’ai vu grandir, celle ou j’ai vu les femelles pondre, passer l’œuf au mâle et puis partir. Celle que j’ai vu se recroqueviller et être réduite au silence des couvreurs. Celle où j’ai vu les premiers œufs éclore, les poussins piailler sur les pattes des adultes. Les femelles revenir et les mâles partir à leur tour après quatre mois de jeûne.

Une si longue histoire.

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La manchotière au cœur de l’hiver : les mâles en incubation (juin).

Il y a eu ces couples qui prennent des blocs de glace entre les pattes avant même que le premier œuf ne soit pondu. Il y a eu ces manchots qui tombent avec leur œuf et j’ai compris que quoi qu’il arrive ils s’appliquent à le garder entre les pattes : ils se redressent avec leur bec et leurs ailerons, puis avancent à petit pas comme si de rien n’était. Il y a eu ce jour où la tortue s’est descindée et où les trois milles couvreurs se sont mis à défiler en direction du glacier. Il y a eu le retour des inemployés curieux dont le partenaire a perdu l’œuf où le poussin : ils reviennent en parfait embonpoint, errent dans la manchotière et s’approchent d’eux-mêmes très près. Les empereurs me surprendront toujours.

Mais que fais-je exactement pour passer autant de temps autour de la manchotière ? Un des objectifs du programme 137 est d’améliorer les connaissances sur la communication acoustique des manchots empereurs.

Le chant des manchots empereurs est une succession de syllabes entrecoupée de silences :  chant_emp

Il a été mis en évidence que chaque individu possède un chant unique et stable. Les manchots empereurs n’ont pas de territoire fixe et le chant leur permet de se retrouver dans la manchotière. Lorsqu’on émet le chant d’un individu, son partenaire s’approche et répond à son tour alors qu’il ne réagit pas aux autres chants. L’information de l’individualité se trouve dans chaque syllabes (le chant n’est pas obligé qu’être complet pour être reconnu) (Jouventin, 1979) et la présence de deux notes fondamentales émises simultanément est nécessaire à la reconnaissance (Aubin, 2000).

Ainsi le chant du manchot est une sorte de « signature individuelle » qui pourrait également contenir des d’informations spécifiques, par exemple sur la qualité de l’individu (condition physique, âge… ?) et être utilisé dans le choix d’un « bon » partenaire.

Toutes ses questions restent néanmoins inexplorées pour le moment. C’est pour cela que j’enregistre le chant des manchots marqués tout au long de la saison. Les chants enregistrés alimenteront une base de données qui sera utilisée pour répondre à ces diverses questions.

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Enregistrement d’un manchot avec un enregistreur et un microphone parabolique (photo : S. Pallas).
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Retour vers la base après une session de terrain (photo : F. Mariotti).

Les îles du Zodiac

Je suis partie avec Coline et Kévin faire des points GPS sur les îles du Zodiac situées à un kilomètre de Pétrel. Les coordonnées permettront de géo-localiser des manchots Adélie et d’étudier leurs déplacements à partir d’une série de photos de la banquise prises en campagne d’été. J’ai passé beaucoup de temps autour de la manchotière des empereurs ces derniers mois. Les sorties en dehors de la Base sont donc très appréciées.

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– Oh, ça ressemble vraiment à un décor de carte postale ! m’exclamais-je en regardant la lune au-dessus de l’île du Gouverneur.

– On se croirait dans Star Wars, enchérie Coline.

Kévin ironise.

– Ça ressemble à chez moi !

Nos cils gelés vacillent et nos rires me laissent songeuse. Souligne-t-il avec humour le décalage entre notre environnement polaire et celui quitté en France ? Le blanc est toujours aussi infini. La glace se charge de bleu, le ciel vire au rose, l’horizon s’imbibe d’orange et nous avançons dans une aquarelle. Mais notre glacio est-il finalement si ironique ? Je désigne la Base derrière nous avec une certitude. C’est là que nous habitons, c’est ici chez nous.

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J’installe le GPS de précision sur une première île, « Scorpion » puis je me connecte par wifi avec l’ordinateur de terrain pour relever les coordonnées. S’en suit deux autres îles, « Taureau » et « Sagittaire », puis la mission s’achève.

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13h38. Le soleil qui se lève se couche déjà. Avec Coline, nous passons à la manchotière faire une photo de la colonie pour le comptage hebdomadaire des empereurs. Kévin retourne poursuivre ses prélèvements atmosphériques. Rentrée sur base, j’envoie les coordonnées GPS à Aymeric puis je passe au séjour prendre le goûter du mercredi et discuter des projets futurs avec les copains.

Une place, une routine, des habitudes, une bulle dans un blanc polychrome et disproportionné qui nous offre encore et encore de quoi s’étonner du monde.

Skuarock radio!

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Détendez-vous avec Skuarock à 20h30, écoutez 88.2 !

Erwan : Serge, toi qui est Dista, qu’est-ce que ça fait de se dire que l’on est garant de la sécurité de 23 personnes ?

Serge : En fait je suis toujours au aguets. Je n’ai pas la possibilité de relâcher mon attention. Vous êtes 22 autres personnes sur base. Potentiellement vous pouvez tous avoir un problème. Je reste quand même dans un état d’esprit positif, en me disant que je vous fais confiance, vous êtes des adultes, mais je suis quand même aux aguets. C’est un p’tit stress permanent mais constant. […]. Tout changement de paramètres fait que j’y pense, par exemple le jour décline, j’y pense. Le vent se lève, j’y pense. La neige tombe, j’y pense. Y’a toujours quelque chose en permanence qui me rappelle que quelqu’un peut avoir un souci.

Serge, notre chef de District (Dista) nous parle de son travail quotidien dans la rubrique « mais en fait tu sers à quoi ».

PEF : L’expérience est extrêmement intense quand on regarde après avec le recul. Même si on a l’impression comme ça que les journées défilent, comme ça, que c’est assez casanier. Il y a une intensité émotionnelle de l’hivernage qui est assez extraordinaire et on se connait beaucoup mieux après. […]. J’aime beaucoup la dynamique de cette mission. Ici le groupe est plus homogène en âge, au niveau de ceux qui ont entre 20 et 30 ans, c’est la majorité du groupe. Et ceux qui ont plus, ils sont hyper souples. Mais tout le monde est assez souple dans cette mission. Je trouve ça assez plaisant. C’est quand même pas évidant la vie en communauté comme ça pendant de longs mois. Je pense qu’on a passé les étapes les plus compliquées, là où tu as les interactions qui se mettent en place. Chacun est plus ou moins positionné. J’ai l’impression que chacun a trouvé sa place déjà.

PEF, notre médecin décrit son ressenti sur la mission dans la rubrique « mais en fait qui est-tu ? ».

Serge : Je ne sais pas si vous vous rendez compte de la chance qu’on a d’être dans une bulle hors du monde. On a peu l’occasion dans sa vie, vous verrez, vous allez être pris dans votre vie professionnelle, familiale, perso, cet espèce de torrent qui défile. Et ici on est dans une petite bulle hors du monde avec un environnement incroyable. On a des bouffées de bonheur par moment en regardant le soleil qui se lève, qui se couche, un nuage, un reflet sur les glaciers et ça s’est un trésor. Vous ne vous en rendez pas compte pour le moment, mais vous y repenserez dans quelques années et vous aurez un pincement au cœur. On a peu l’occasion dans sa vie de sortir du monde, de le regarder de loin, dans une lorgnette… mais on n’est pas vraiment concerné. C’est un sentiment qui est très spécial est qui est très précieux.

Étienne : Moi c’est pour ça que je suis heureux, c’est pour ce que tu as dit Serge, D’être dans une bulle, avec des gens cool ! C’est une vraie pause dans la vie.

Serge et Étienne discutent de leur expérience à DDU dans la rubrique « mais en fait qui est-tu ? ».

Toutes les deux semaines, nous animons avec Erwan une émission sur Skuarock, la radio de DDU. Nous discutons avec différents hivernants de leur travail quotidien et de leur personnalité en général. Cette fois-ci, Serge et PEF nous ont plongés dans des réflexions intéressantes sur l’hivernage et leur discours illustre bien ce que chacun peut ressentir ici.